« Explorateurs » récit écrit par les élèves de l’école du Poan Ben

Une collection telle que celle du Musée de Morlaix s’enrichit et demande une étude approfondie régulière. Cette marque qui pourrait tout à fait se confondre avec celles de Bretagne, a été achetée par Jacques Burel en Afrique du Nord. Ce sont les seules indications que le Musée de Morlaix possède. Durant la période de chantier du musée une vaste campagne de recherche va permettre d’étudier toute la collection. Les découvertes seront révélées à l’ouverture du prochain Musée de Morlaix.
En attendant, dans le cadre de son projet Hors les Murs, le service éducatif du Musée de Morlaix et les élèves de cycle 3 de l’école du Poan Ben ont étudié cette mystérieuse marque. Ils ont inventé une histoire en sept voyages, inspirée de l’univers littéraire de François Place, auteur illustrateur qu’ils ont rencontré en décembre 2018.

Voici le début de cette histoire et les deux premiers voyages. Le travail d’écriture est en cours. La suite et la fin de ces aventures seront disponibles à partir du 25 juin sur cette page.

Photographies de la marque : Fernande Petitdemange

Explorateurs

Je suis contente car, ce matin, Archibald Ruthmore, le célèbre ethnologue vient, à l’école, nous présenter des objets de la collection du musée de Morlaix ! Depuis toute petite, je veux faire ce métier car j’aime les choses inconnues, mystérieuses, qui viennent de loin…

Tellement pressée que, oh la boulette, je pars sans mon cartable. Le temps de revenir le chercher, j’arrive en retard et M. Ruthmore a déjà commencé !

  • Bonjour mademoiselle, comment t’appelles-tu ?
  • Tiens, puisque tu arrives tout juste, est-ce que tu peux nous dire, à ton avis, quel est cet objet et à quoi il te fait penser ?

Il tient un objet en bois, rond, de la taille d’une soucoupe, plein de signes bizarres… Tout le monde me regarde et je dis la première chose qui me passe par la tête :

  • On dirait …….. une vieille pizza…

Les autres rigolent, je vais m’asseoir la tête basse, ça commence bien… M. Ruthmore fait comme si de rien n’était et continue ses explications. Je comprends qu’on ne sait pas grand chose sur cet objet, ni d’où il vient, ni de quand il date mais tous ces signes me fascinent. Je vois des montagnes, des lettres, des tipis, un soleil, des lances…. Je me perds dans mes rêves et je ne suis pas trop la présentation des autres objets ! Quand la séance se termine, je ne vois même pas M. Ruthmore partir mais je réalise qu’il a oublié l’objet sur une table !

Je ne le dis même pas à la maîtresse et je le glisse discrètement dans mon sac.

Tout le reste de la journée, je lui jette des coups d’œil en cachette. Je ne sais pas ce qui m’a pris. Il faut que je le rende. Dès la fin de l’école, je fonce au musée qui est juste à côté. Il est fermé ! J’irai demain avant l’école. J’espère que je n’aurai pas d’ennuis d’ici-là…

 

Ce soir, c’est calme à la maison, ma mère travaille du soir et mon frère dort chez un copain. Je suis tranquille devant l’ordi en train de faire des recherches sur mon objet mystère quand, tout à coup, celui-ci se met à trembler et on frappe à la porte ! Je crie mais je me dis que j’ai rêvé et je reste à ma place. Deux minutes après, ça recommence ! J’essaie d’appeler ma mère mais ça ne répond pas!Je me décide, je cache l’objet sous ma couette, je descends, j’ai peur, je m’approche en tremblant et je regarde par le petit trou de la porte…

C’est un garçon, il a l’air d’avoir 14 ou 15 ans mais il est plutôt grand. Il porte un blouson noir, un tee-shirt déchiré et un short plein de poches. Ses longs cheveux bruns dépassent d’un haut de forme. Celui-ci est accroché par un lacet en cuir. Il est plutôt mignon, il a l’air gentil. Ses petits yeux verts brillent de curiosité.

Je ne sais pas pourquoi mais j’ai confiance et j’ouvre la porte.

  • Bonjour Juliette…

Quoi, il connaît mon nom !

  • Je m’appelle Kalu et je viens de Grainenevers. J’ai fait un long voyage pour te retrouver, toi et le Cléomystère . On peut partir tout de suite, c’est un peu urgent !

Je ne sais pas pourquoi je ne lui claque pas la porte au nez, je ne comprends rien mais je le laisse continuer sans pouvoir rien dire.

  • C’est une chance que le Cléomystère ne soit pas abîmé. C’est bien toi qui l’a, hein ? D’après ce que m’ont dit les 7 Sages, il doit être intact pour que les équilibres puissent être rétablis. Mais il ne faut pas tarder. On va voyager de nuit mais, ne t’inquiète pas, je suis venu grâce à Firtouff, mon chien mangeur de cauchemars, aucun risque avec lui. Allez, on y va ?

Je suis comme dans un rêve ou hypnotisée, je pense à Peter Pan, à tout ce qu’il y a à découvrir, aux mondes que j’imagine dans ma tête et je le suis. Son chien est immense et assez effrayant avec ses trois têtes et ses deux ailes de chauve-souris ! Il grogne et souffle mais je n’ai pas peur et je monte derrière Kalu !

1/Grainenvers

Durant le voyage, j’ai le temps de réaliser ce qui se passe, je me pince pour me réveiller, je demande à Kalu de me ramener, je m’énerve, je panique ! Il me dit de lui faire confiance et que je comprendrai tout en arrivant dans son monde. Je ne vais pas sauter donc je suis obligée d’attendre et je finis par m’endormir.

A mon réveil, je ne vois rien. Heureusement, Kalu sort un objet d’une de ses poches.

  • C’est un expirateur à brouillard, dans trente secondes, on verra mieux !

Effectivement, au bout d’un moment, je découvre le monde de Kalu.

  • Ouah !! Et vous vivez tout le temps comme ça ?
  • Ben oui, on est habitué sauf que depuis que le cléomystère a disparu notre monde tourne de plus en plus souvent et, si ça continue, il tournera en permanence ! On n’a pas le temps d’aller voir les 7 sages, au Cléotemple, ce soir. Viens, je t’invite chez moi.

Je le suis. Sur le chemin, on ne voit pas grand chose mais parfois des chiens qui semblent écarter le brouillard, suivis par des habitants qui n’ont pas l’air si différents de nous.

  • Fais attention, me dit Kalu, on arrive près des plantes carnivores, il y a encore un grainier qui s’est fait dévorer la semaine dernière.
  • Un grainier ? C’est quoi ?
  • C’est celui qui récolte les graines de lianes, c’est indispensable quand notre monde se retourne. Il les lance et comme ces lianes poussent très vite, elles nous retiennent.
  • Je ne comprends pas très bien comment ça …….. Ouaaaaaaah !

Je tombe dans le vide quand, tout à coup, une liane s’enroule autour de ma taille et me remonte de l’autre côté du monde…

  • Tu comprends mieux maintenant ? Zut, on ne pourra pas aller dans ma maison du Baho, on est obligé d’aller dans celle du Haubas.
  • Quoi, vous avez tout en double !
  • Presque, j’espère quand même que le maître des nœuds n’aura pas oublié d’attacher ma boussole OBA, je n’en ai qu’une !
  • Le maître des nœuds ?
  • Ben oui, il faut bien tout attacher quand ça tourne. L’ancien maître des nœuds avait oublié d’attacher le cléomystère… C’est pour ça qu’on l’avait perdu et qu’il est arrivé dans ton monde.
  • Tu ne crois pas qu’on devrait aller tout de suite au Cléobidulemachintruc ? Parce que moi, les trucs qui tournent, déjà à la foire haute, ça me rend malade…
  • Le cléotemple. Si tu veux.

Kalu reprend son expirateur à brouillard et nous avançons vers le temple des 7 sages. Il est très haut. En montant, nous sortons de la brume et Kalu me montre, au sommet, le rocher sacré sur lequel est imprimé l’empreinte du cléomystère. Alors que nous ne sommes plus qu’à quelques marches, je sens que tout bascule à nouveau, Kalu lance des graines de liane mais je manque d’entraînement et je tombe… Heureusement, Firtouf me rattrape et je réussis à remettre le cléomystère à sa place !

 

Quand je reprends mes esprits, je vois 7 vieux bonhommes et toute une foule de gens qui se dirigent vers moi en criant de joie. Je suis fêtée pendant plusieurs jours mais, malgré la gentillesse des gens, la peur de tomber me donne envie de partir. Et ça tombe bien.

  • Ça y est, Juliette, tu es reposée ? Les sages nous demandent de partir pour Mangrovia, ils ont vraiment des problèmes là-bas.
  • Mangrovia, qu’est-ce que c’est ?

 

2/Le monde de la forêt : Mangrovia

Une forêt, interminable, gigantesque, immense… Verte, du vert partout à s’en faire mal aux yeux. On descend lentement, il n’y a pas de passage, on ne peut pas atterrir ! On se pose sur la cime des arbres, ils sont tellement grands !

Les branches se touchent, impossible de descendre. Kalu avance prudemment puis tout à coup, il disparaît. Je fonce, j’ai peur qu’il se soit fait mal mais il est juste tombé un peu plus bas… Je le rejoins et nous réussissons à descendre petit à petit. A un moment, je regarde vers le haut mais le trou s’est déjà refermé ! Il fait très sombre, et ça n’en finit pas, je commence à en avoir assez et j’ai envie de pleurer… A ce moment je distingue une forme qui s’approche de plus en plus. Elle me touche, c’est tout doux ! C’est bizarre tout de suite je me sens mieux. On dirait que cet animal rassure ceux qui ont peur du noir !

A force de descendre, on finit par toucher le sol, il fait presque complètement nuit. Je vois quand même une toute petite lumière qui a l’air posée sur un buisson.

Je m’approche et :

« – Aïe ! Qui me marche sur les pieds ? Qui va là ? Qui me réveille et qui es-tu ?

C’est ne pas un buisson, c’est un homme ! Il est plutôt petit, on ne voit pas bien son visage à cause de ses cheveux ou plutôt des tiges vertes qui pendent de son crâne. Il est couvert d’un manteau fait de mousses, de plantes, d’écorces.

  • Moi, je m’appelle Juliette et lui c’est Kalu. Et vous ?
  • Je m’appelle Feuillus et je suis le garde en chef des Chlorophylliens. Qu’est-ce que vous faîtes ici ?
  • Je sais que je peux vous aider mais je ne sais pas comment ni pourquoi…
  • T’es la fille du Soleil ?
  • Euh non…
  • Bah alors je ne sais pas à quoi tu vas nous servir !
  • Et si vous me faisiez découvrir votre monde d’abord ?
  • Ah, mon monde ! Venez, je vous montre.
  • Mais ça, c’était avant… maintenant, le soleil ne revient plus jamais…
  • C’est ça votre problème ?
  • Oui, bien sûr, sans soleil, nous devenons de plus en plus pâles, nous perdons notre couleur verte et les serpents-fantômes nous repèrent plus facilement. En plus les plantes meurent et nous n’avons plus rien à manger.
  • A Grainenenvers nous avons réussi à résoudre le problème grâce au Cléomystère, montre le lui, Juliette, ça peut encore marcher.

Dès que je sors l’objet de mon sac, il se met à vibrer, la croix au centre recule, les 4 quartiers se rassemblent et forment comme un Soleil ! Un rayon s’illumine comme s’il voulait nous montrer une direction.

  • On dirait une boussole, s’écrie Kalu.
  • Suivons sa direction !

Nous progressons difficilement au milieu des branches et des feuilles en train de pourrir. Après un très long moment, nous commençons à monter, les arbres s’espacent petit à petit et on voit un peu plus clair. En continuant encore, nous arrivons au dessus des arbres. Le soleil nous éclaire brutalement et une montagne de rochers apparaît.

  • Le Montsol ! Je croyais qu’il n’existait que dans les légendes, s’écrie Feuillus ! Donnez-moi votre objet et ne bougez pas, je reviens avec les miens.

Avec Kalu, nous profitons de cette belle lumière et nous nous reposons. Le soleil semble très proche et nous réalisons petit à petit que ses rayons semblent pendre comme les fruits d’un arbre… Nous entendons un grand bruit et voyons une foule de petits êtres, de toutes les couleurs du vert, sortir de la forêt en portant d’immenses paniers en osier. Le peuple des Chlorophylliens ! Chacun vient nous remercier et nous comprenons qu’ils vont cueillir les rayons et les planter dans l’obscurité de leur forêt pour rétablir le cycle normal de leur monde.

A peine cela est fait que la forêt se fait moins dense, nos nouveaux amis retrouvent leurs belles couleurs vertes et nous offrent des cadeaux de leur monde : lézards grillés, lampe à lucioles, plume d’oiseau Doudoux, vêtements en poils de fleurs, venin de serpents-fantômes…

Je prends tout ça précieusement mais déjà, Kalu me dit qu’il faut repartir car d’autres mondes nous attendent…                                                                                                      A suivre…