Trois œuvres constituent une exposition dossier proposée par le Musée de Molraix du 12 janvier au 7 avril 2018 à la Maison à Pondalez .Acquise avec l’aide des Amis du Musée de  Morlaix l’étude Danseuse bretonne a été remise officiellement le 7 juillet 2017, au bénéfice du musée de Morlaix. Cette esquisse est à rapprocher de Etude pour le plafond du théâtre de Rennes appartenant déjà à la collection du musée de Morlaix. Ces deux œuvres morlaisiennes  sont associées à une autre étude prêtée par le Musée de St Brieuc.

 

Jean- Julien Lemordant

Saint Malo 1878-Paris 1968

Né à Saint-Malo en 1878, dans un milieu très modeste, Jean-Julien Lemordant  va bénéficier d’une bourse de la ville de Rennes pour entrer à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris, dans l’atelier de Bonnat ou il fréquente les futurs fauves : Othon Friesz, Georges Braque et Raoul Dufy. C’est au cours de son service militaire, qui vient interrompre son cursus, qu’il découvre Quimper et la Cornouaille, la région l’enchante et il décide de s’y installer, choisissant la pointe de Penmarc’h à Saint-Guénolé.

Le Musée de Morlaix possède une des études du plafond,  Projet pour la décoration du plafond du Théâtre de Rennes, huile sur toile, don de la société des Amis de Gustave Geffroy en 1927.

Cette grande étude de l’un des personnages féminins, offerte au musée par Les Amis du Musée de Morlaix, s’inscrit dans une suite nombreuse de dessins et de peintures préparatoires à la réalisation du plafond. Cette figure féminine se rapproche  de la version,  légèrement plus grande, conservée au Musée d’Histoire de Saint-Brieuc.

Cette acquisition vient compléter le petit ensemble déjà conservé dans les collections publiques de ce volumineux travail préparatoire réalisé entre 1912 et 1914.

La décoration du plafond du théâtre de Rennes.

A la séance du conseil municipal, le 28 janvier 1913, Jean Janvier, maire de Rennes, présente son rapport :

« Le sujet de la composition qui doit orner le plafond de la salle de spectacle est une danse bretonne dans laquelle figureront les costumes les plus beaux et les plus variés de notre province. L’artiste à qui je vous demande d’en confier la commande est Monsieur Lemordant qui a beaucoup de talent. Nous sommes persuadés qu’il fera là une œuvre fort bien traitée et s’harmonisant avec l’ensemble. ».

Dés 1910, Lemordant, confronté à de sérieuses difficultés financières et s’appuyant sur le fort succès remporté à Rennes par son décor de l’Hôtel de l’Epée à Quimper, sollicite la décoration de l’hôtel de Ville de Rennes  par l’intermédiaire du préfet et d’Armand Dayot, directeur de la revue L’art et les artistes. Le chantier étant déjà attribué, le maire confira au peintre la décoration du théâtre municipal incendié en 1856 et qui doit être reconstruit.

En octobre 1912, Jean-Julien Lemordant reçoit officiellement la commande du plafond du théâtre, un travail considérable d’une surface de plus de 132 mètres carrés, le plafond mesure en effet 13 mètres de diamètre. Le montant de la commande est de 15 000 Francs.

L’observation de la nature va lui fournir le principe de sa composition : alors qu’il se promenait un soir sur la lande, admirant le ciel, il voit s’enrouler des nuages en forme de farandole sur la lune, cette image va déterminer ses recherches.

Sa composition est très judicieuse, les premiers couples de danseurs passent sur une prairie de fleurs dans un dynamisme coloré d’ajoncs, genets, bruyères et coquelicots puis, c’est l’enroulement dans les nuages roses et bleus.

  • « J’ai voulu me dégager de l’atmosphère du moment ; alors qu’à Paris les peintres des théâtres reprenaient les thèmes néo-classiques des allégories, j’ai choisi la vie réelle. J’ai voulu me dégager du trop pittoresque, pour idéaliser, spiritualiser, atteindre à quelque chose de général ; il y a trop de fausses bretonneries , de biniouseries qui ont causé, qui causent encore bien du tort à la Bretagne !J’ai voulu échapper aux modes passagères, aux détails temporaires des costumes, pour saisir le permanent. » [1]

Les négociations avec le maire de Rennes furent difficiles, Lemordant étant très déterminé à faire accepter son projet tel qu’il le concevait. En effet, la ville avait fait l’acquisition d’un lustre central de 3 m de diamètre mais Lemordant qui ne souhaitait pas que cette masse de lumière vienne perturber sa composition n’avait pas prévu dans son esquisse la place du lustre. Le maire refusa d’abord la proposition du peintre mais face à sa détermination il finit par capituler et un éclairage indirect, très novateur pour l’époque fût prévu en remplacement.

Son ébauche enfin acceptée, Lemordant commença à travailler sur les dessins préparatoires des différentes figures. Il va séjourner dans plusieurs lieux de Pont-Aven à Port-Manech en passant par Fouesnant, Huelgoat, Plougastel-Daoulas ou Pont-l’Abbé faisant poser des modèles en costume. Il multiplie les études des 27 figures au lavis, fusain gouache et huile et durant l’automne hiver s’enferme dans son atelier de Port-Royal pour peindre les différentes toiles qui vont constituer le décor du plafond. [2]

Le 27 avril 1914, les toiles sont acheminées à Rennes et l’échafaudage mit en place, la pose  est délicate, neuf fragments doivent être assemblés, Lemordant fait les retouches sur place.

L’inauguration officielle du plafond a lieu le 1er juin 1914 en présence du Président de la République Raymond Poincaré, qui félicitera longuement le peintre. C’est un succès immédiat, toute la critique s’accorde à voir un grand artiste.

Béatrice Riou

[1] Interview de Lemordant par Georges Langlade, A la gloire de la danse bretonne, Jean-Julien Lemordant, fauve de Bretagne

Bretagne –Dimanche, 3 septembre 1967

[2]  André Cariou, Jean Julien Lemordant, Editions  Palantines, 2006, p.76